L'épouvantail, Michael Connelly

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L'épouvantail, Michael Connelly

Message par Jacques Teissier le Mer 23 Juin - 19:31



Broché: 491 pages
Editeur : Seuil (14 mai 2010)

Présentation de l’éditeur

Viré du LA Times, le journaliste Jack McEvoy hésite entre le dégoût et la rage. Mais c'est la fierté qui finalement l'emporte : dans les quinze jours qu'il lui reste, il compte mener une enquête qui lui vaudra ? excusez du peu - le prix Pulitzer. Et les pontes de la direction n'auront plus que leurs yeux pour pleurer. Son temps est compté, et a priori l'histoire d'Alonzo Winslow, un dealer meurtrier de 16 ans, n'a rien de prometteur : le gamin a avoué. Mais dans des conditions pour le moins douteuses... Embarqué dans une aventure qui le dépasse, convaincu que la police a triché, Jack lance un SOS. à Rachel Walling, l'agent du FBI qu'il aime depuis toujours. Sans se douter que dans le même mouvement, il enclenche le piège machiavélique tendu par un tueur d'une intelligence et d'une cruauté ahurissantes.

Mon avis

Et un serial killer, un ! Un de plus, dans la littérature polardienne contemporaine qui grouille déjà de cette sympathique engeance. Pas très original, pourrait-on dire, mais heureusement le serial killer en question est le bébé, la créature, la chose du grand Michael Connelly, qui lui ne manque pas ( quand il est en forme) d’originalité.

Originalité… mais encore ? Dès les premier chapitres, nous savons tout sur le tueur, depuis son nom (Carver), son métier (informaticien spécialisé dans la protection des données, méfiez-vous de cette profession), son obsession (les « girafes », femmes aux jambes interminables, selon la terminologie du FBI). Des « girafes » qu’il adore tuer lentement après les avoir affublées de prothèses sur les jambes : abasiophile, c’est ainsi que se nomment les obsédés des prothèses, nous apprend un des personnages. Mais cette technique de dévoilement du tueur au tout début du roman est utilisée dans de nombreux polars. Rien de surprenant de ce côté, donc.

Quant au partenariat entre Jack McEvoy le journaliste ( un brin cynique, compétent, sur le point d’être viré de son journal) et Rachel Walling l’enquêtrice du FBI (efficace, séduisante, pugnace) qui vont terrasser le méchant tout en vivant une belle histoire d’amour, il n’est pas non plus terrifiant de nouveauté. En réalité, vue du côté psychopathe, l’histoire est plutôt ordinaire, d’ailleurs tous tant que nous sommes nous avons rencontré des psychopathes bien pires que ça.

L’intérêt du roman est ailleurs. Tout d’abord dans sa description fine, méticuleuse, chirurgicale, de la vie d’un grand quotidien américain, emporté dans la tourmente de la concurrence avec Internet et ses infos rapides et gratuites. Le fonctionnement d’une salle de rédaction nous devient familier et le lecteur s’amuse à retrouver les décors qu’il avait côtoyés avec Hyeronimus Bosch et ses collègues, mais vu cette fois-ci par les yeux d’un journaliste spécialisé dans les affaires criminelles et qui, à ce titre, est appelé à croiser des flics tous les jours. Le talent de Connelly se situe dans sa capacité à restituer des détails précis, à nous donner à voir des choses que d’autres trouveraient insignifiantes mais qui, grossies par le microscope électronique de son écriture, deviennent des objets nouveaux pour le lecteur. Le boulot de journaliste chargé des affaires criminelles est ainsi remarquablement décortiqué et documenté.

L’autre intérêt du roman réside dans la capacité de l’auteur à maintenir le suspense de la première à la dernière page. Lorsque l’on sait tout sur le tueur, le seul moyen de maintenir la pression sur le lecteur est de créer un personnage de psychopathe très méchant, très cinglé et très intelligent. Mission accomplie : Carver réunit toutes ces qualités. De plus, nous savons dans le premier tiers du roman qu’il est sur la piste de nos deux héros pour les occire très vilainement : suspense garanti !

Tout le jeu de Connelly consiste à semer des indices que le journaliste et l’enquêtrice vont remonter pour arriver jusqu’au tueur ; il le fait remarquablement. Attention, il s’agit d’indices tellement subtils que des personnes ordinaires, comme vous ou moi, n’y prêteraient aucune attention. Mais heureusement Jack et Rachel ne sont pas ordinaires, ils repèrent tout, les bougres !

Pour résumer, un roman distrayant et agréable à lire. Pas un chef d’œuvre, mais du bon boulot, d’un professionnel du polar qui sait ficeler une histoire avec talent et efficacité.


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