Charles Willeford

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Charles Willeford

Message par André Toutou le Dim 19 Avr - 10:50

Charles Willeford travaille ses bouquins avec une rigueur sans concession qui ferait passer Mankell pour un joyeux farfelu. Avec le sergent Hoke Moseley, on est confronté aux problèmes de rendement, au coût des mutuelles, aux difficultés pour trouver une place de parking. Si l'action de la série se déroule à Miami, le soleil n'y évoque pas les palmiers, bikinis ou décapotables mais les locaux mal ventilés et les parfums musqués. Le sergent Mosley exerce son travail. Point. Certaines enquêtes l'ennuient, d'autres lui tombent dessus. Elles ne sont jamais qu'un aspect d'une vie sans illusion.

Charles Willeford devrait être une référence. Il sait faire suinter la peur sans Sérial Killer, simplement avec des types quelconques, plutôt bornés, dotés d'un solide sens pratique entièrement au service de leur égoïsme et juste un peu moins scrupuleux que la moyenne.

Charles Willeford est un auteur hors normes. Il est important de le lire.


Sa série sur le sergent Hoke Moseley comprend 4 tomes :

- Miami Blues
- Une seconde chance pour les morts
- Dérapages
- Ainsi va la mort

1-Adapté au cinéma en 1990, Miami Blues est régulièrement cité comme l'un des meilleurs polars. Je trouve qu'il a un peu vieilli et que l'intrigue est très classique par rapport aux suivants. Mais la description du monde de Hoke Moseley - sa vie au commissariat, la moiteur de la ville de Miami - mérite le détour, comme on dit dans le Guide Michelin.

2-Une Seconde Chance pour les Morts (quel joli titre) n'est pas le meilleur de la série des aventures du Sergent Hoke Moseley. Il n'en demeure pas moins un livre original, crédible et finalement indispensable.

3-Dans Dérapages, on voit que Charles Willeford n'a pas choisi le plus facile pour nous faire aimer Hoke Moseley : radin, mesquin, facilement irritable, il est de plus affublé de dentiers et confronté à un problème de poids. Pour couronner le tout voilà qu'il déprime et se pisse dessus !

J'ai beau chercher, difficile d'en rencontrer deux comme lui dans l'univers du polar. Mais les livres de Charles Willeford sont à l'image de la société : les gens sont rarement parfaits. Plutôt souvent médiocres, butés et passables dans bien des domaines. Les "bons" comme les "méchants".

Concision, précision, rigueur sont les trois mots qui viennent à l'esprit à la lecture des romans de Charles Willeford, auteur plus exigent qu'il n'y parait. Dans cette enquête insolite et banale à la fois, on retrouve avec plaisir Hoke Moseley, ses remarques désabusés, ses problèmes domestiques et la galerie de personnages qui l'entourent - si proches de nous.

4-Ainsi Va la Mort conclut de façon magistrale les aventures de notre sergent particulièrement recuit. Plus que dans les précédents tomes, pourtant réussis, l'humour est présent à chaque page dans "Ainsi Va la Mort".

Charles Willeford a le don de la narration. Avec une économie de moyens, le souci du mot juste, il sait camper un décor, reconstituer un milieu et y plonger son lecteur. Ses dialogues, alertes, sont criants de vérité. Les préoccupations des personnages prêtent à sourire mais encore une fois font très réelles : ainsi Hoke davantage préoccupé par l'interdiction de fumer que par l'enquête en cours ou qui consacre une demi-heure sitôt arrivé au bureau à élaborer une grille de tombola et s'insurge auprès de son supérieur parce que finalement la tombola n'aura pas lieu. Sourires, sourires. Tout au long de ce livre, le sourire ne nous quitte pas, sourire devant la mesquinerie d'Hoke, vis à vis de ses collègues, sourire face à sa jalousie et ses actions puériles, déplacées chez ce quadragénaire ventripotent, sourire enfin devant la magnifique pirouette finale, cette pirouette véritable pied de nez adressé par Charles Willeford à tous les auteurs de policiers à la mode qui empruntent les chemins balisés du politiquement correct.

On l'a compris, Ainsi va la mort, est mon livre préféré dans cette série.


Autre livre indispensable de cet auteur : Une fille facile.

A l'avant dernière ligne d'"Une fille facile", tout un monde bascule. Six mots, pas plus, et le lecteur est soufflé, estomaqué par l'audace et le talent de l'auteur de ce livre écrit en 1967, ce roman noir, pas vraiment un polar, qui classe Charles Willeford dans la lignée des plus grands auteurs, de John Fante à Jim Thompson, de Romain Gary à William Styron.

L'humour grinçant de l'auteur qui n'apparaît pas au fil de cette histoire désespérée surgit ainsi à l'avant dernière ligne. Charles Willeford a joué avec nous et nous a bien eus. On ne rit pas, non, mais on salue l'habileté de l'artiste qui, évitant une démonstration pesante, nous amène à réfléchir sur notre attitude face à certains gros problèmes de société. Et dès lors, ce sont des passages entiers du livre qui reviennent à notre esprit et que l'on comprend mieux.

En dire plus serait priver le lecteur d'une belle surprise.
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André Toutou
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